citations féministes

Les Féministes Révolutionnaires (Alternatives, 1977)
En théorie, et dans la lettre de loi (hormis les lois sur le mariage) RIEN n’est interdit spécifiquement aux femmes. Mais dans les faits, et dans la jurisprudence, la société a institué un « risque de viol » qui s’accroît avec l’autonomie des comportements. Ce « risque » étant socialement établi et gradué n’est pas accidentel. Il fait partie de tout un ensemble de récompenses-punitions qui forme un système : le système de contrôle social des femmes, celui qui assure qu’elles restent à leur place-de-femmes dans l’ordre patriarcal. L’agression sexuelle violente représente l’extrémité du continuum des punitions, la section pénale (physique et violente) par excellence. Le contrôle social des femmes comporte donc une PEINE DE VIOL.

Suzanne Griffin (Le viol, 1971)

En établissant une comparaison entre plusieurs cultures, il nous est permis de croire que dans notre société, c’est au viol que conduit le processus de socialisation et non (pas) à sa répression, comme on cherche à nous le faire croire. Le fait que le viol est illégal ne signifie pas qu’il est véritablement condamné par notre culture.

Andrée Michel (Le féminisme, 2001)

En 1980, […] les féministes (des ONG) des pays du Sud, rejointes plus tard par celles du Nord, […] ont diffusé des statistiques montrant que si les femmes effectuent 66% des heures de travail payées et non payées, elles ne touchent en réalité que 10% du revenu mondial et ne possèdent que 1% de la propriété des terres. […]Depuis 1965 [… avec] l’apparition des Mouvements de Libération des Femmes […] Les statistiques de tous les pays occidentaux accusent une baisse de la nuptialité et de la natalité, une hausse des divorces surtout demandés par les femmes, preuve qu’elles ne se précipitent plus dans le mariage comme leurs mères. Les statistiques révèlent que plus le niveau d’éducation des femmes s’élève, moins souvent elles se marient et plus souvent elles divorcent. Cette évolution ne signifie pas que ces femmes rejettent le mariage et la famille mais elle révèle qu’elles n’acceptent plus les relations d’inégalité à l’intérieur du couple, en particulier la charge exclusive des tâches domestiques.
Le développement de l’union libre et de la famille monoparentale, la recherche de la vie amoureuse ailleurs que dans l’hétérosexualité sont autant d’alternatives au mariage traditionnel que les féministes ont suggéré dans leurs pratiques quotidiennes.

Colette Guillaumin (Sexe, race et pratique du pouvoir, 1992)

La hiérarchie des salaires conduit – statistiquement – les femmes à accepter des hommes plus âgés qu’elles. En donnant les meilleurs salaires aux hommes rassis et les pires salaires aux femmes dans leur ensemble, quel que soit leur âge, cette hiérarchie constitue un mécanisme homogène qui met à la disposition des hommes faits l’usage privé des femmes jeunes – sans les priver pour autant de l’usage général. […] L’autre facteur crucial d’incitation au mariage est la sexualité, utilisée comme moyen de pression considérable. L’hétérosexualité ne peut se séparer […] de la domination et de l’exploitation des femmes par les hommes. […] Les femmes veulent un compagnon non seulement parce qu’il est le moyen principal de subsistance […] – ce qui n’est pas toujours clairement conscient, mais aussi parce qu’il est le fournisseur sexuel assuré. Il n’y a pas pour les femmes d’échange sexuel socialement garanti en dehors du compagnonnage, serait-il fugitif ; ce qui n’est pas le cas des hommes qui ont des femmes communes soit dans le cadre d’une prestation monétaire, soit dans celui de la contrainte et l’usage de la force, qu’elle soit physique ou de persuasion. […]
On ne peut établir plus clairement qu’une femme n’est pas un membre de la communauté, qu’elle n’est que la propriété de son mari ou compagnon. Une femme, en tant que femme, c’est à dire sans revenu propre, n’a aucun droit individuel, n’a aucune existence de sujet social.

Taslima Nasreen (Une jeune femme en colère, 1993)

Je me demande pourquoi les femmes accordent tant de prestige aux opinions exprimées par les écrivains mâles dans leurs livres. Comment, quand on lit les textes de nos auteurs de sexe féminin, […], croire qu’ils ont été écrits par des femmes ? Elles ne font que parodier des textes produits par des hommes, sans expressivité ni conviction. Elles ne parlent pas des humiliations, de l’oppression, de l’esclavage, de l’enfermement qui les ont toujours détruites, écrasées.
Nulle colère, nulle protestation !…[…]
Bien que les femmes aient maintenant accès aux domaines artistique, littéraire et culturel, elles s’en tiennent encore à imiter les hommes : elles dessinent comment eux, sculptent comme eux, écrivent le même genre de poèmes, de romans, d’essais… Jamais elles n’essaient de peindre leur propre misère, de dénoncer la condition d’infirme dans laquelle on veut les maintenir.

Kate Millett (Quatuor pour voix féminines, 1972)

J’aimerais voir les femmes qui font des métiers artistiques acquérir, par l’intermédiaire du [Women’s Lib], une foi plus grande en la valeur de leur propre culture – j’entends par là que les femmes forment une classe possédant une sous-culture qui lui est propre. […] les femmes parlent. Ce sont, comme les membres de n’importe quel groupe opprimé, des personnes qui s’expriment par la parole, toute autre forme d’expression leur étant interdite. […] Le langage des femmes a été délibérément banalisé.
Toutefois, depuis cinq ans que j’ai passés au sein du Mouvement, je constate un grand changement. Le langage des femmes gagne en puissance, en précision, en clarté. Il devient conscient.

[…]plus nous apprendrons à nous connaître, mieux nous parviendrons à prendre conscience des mille différences qui ont toujours été utilisés pour nous séparer de force… afin que l’expérience des femmes de tous les pays devienne, en un sens, notre bien commun, un héritage que nous transmettrons les unes aux autres, le souvenir de ce que c’était qu’être femme, qu’être femelle dans un univers masculin.

Annie Leclerc (Parole de Femme, 1974)

A 18 ans, j’entrepris de ne plus être vierge […] mais le cœur n’y était vraiment pas. Pas le cœur du sentiment ; pour ça il y avait ce qu’il fallait – peut-être plus qu’il ne fallait. Non, le cœur au ventre, je veux dire.
On disait de moi dans ma banlieue, que je n’étais pas une fille sérieuse. Moi pas sérieuse ! […] Bien que je fusse consentante, tout ce qu’il y a de plus consentante, demandante, et cela pendant près de cinq ans, tout homme qui s’efforça de coucher avec moi ne put y parvenir […] qu’en me violant. Qu’en pensaient-ils ? Savaient-ils ce que j’endurais ? Il n’en fut jamais question.


Elena Gianini Belotti (Les femmes et les enfants d’abord, 1983)

Une différence de vingt ans et même plus, entre un homme et une femme, pourvu, bien entendu, que ce soit le premier qui les ait en plus, ne suscite aucun étonnement : le cas échéant, il suscite l’envie et l’admiration. La relation affective et sexuelle entre les deux est perçue comme parfaitement équilibrée, parfois avec une touche d’inquiétude pour la santé physique de l’homme. […]
le chrême de l’institution matrimoniale est sévèrement interdit à l’union entre une femme d’âge mûr et un jeune homme […]
Du reste, seules les femmes autonomes et libres peuvent se permettre de semblables aventures, qui peuvent aussi devenir terriblement destructrices. Une histoire semblable entre une mère de trois enfants et un jeune homme est impensable.
Il est très courant, au contraire, qu’un père de famille ait une histoire avec une jeune fille. Quand l’histoire finira, la souffrance de celle-ci ne sera même pas prise en considération. Elle devait s’y attendre.

Anne Zelinsky cite un Collectif anonyme dans (Histoire de vivre, 2005)

Je suis la femme chienne Dim qui s’étale sur les affiches. Je suis le pivot de la pub. Je fais tourner la société de consommation. Je suis le corps qui se vend et qui fait bien vendre. Je suis celle qui achète pour lui, pour eux, pour moi. Je suis la consommatrice consommée, le dindon qu’on farcit sans arrêt de slogans publicitaires […].

Je ne me reconnais ni dans cette image ni dans l’image inverse, celle de la femme-épouse-ménagère-vertueuse-effacée […] ! Et je refuse d’être plus longtemps enfermée dans ce modèle à deux faces. Je refuse d’être selon les désirs ou les besoins des hommes leur vierge ou leur putain […] ! Je m’insurge contre ce commerce qui m’avilit. Me traite en simple d’esprit et me réduit à l’état d’objet […] !

Simone de Beauvoir (Le Deuxième Sexe, 1949)

Les hommes ont tendance à prendre l’avortement à la légère ; ils le regardent comme un de ces nombreux accidents auxquels la malignité de la nature a voué les femmes. […] Pour [la femme au contraire], tout son avenir moral est ébranlé. On lui répète depuis son enfance qu’elle est faite pour engendrer en lui chantant les splendeurs de la maternité. Les inconvénients de sa condition, règles, maladies, ennui des tâches ménagères lui ont été justifié par ce merveilleux privilège de mettre des enfants au monde. Et voilà que l’homme, pour garder sa liberté, pour ne pas handicaper son avenir, dans l’intérêt de son métier, demande à la femme de renoncer à son triomphe de femelle. […] Certaines femmes deviennent homosexuelles à la suite de l’avortement. […]

Elles comprennent l’hypocrisie du code moral des mâles : ils interdisent universellement l’avortement ; mais ils l’acceptent singulièrement comme une solution commode ; il leur est possible de se contredire dans un cynisme étourdi ; […] c’est lui qui commet la faute mais il s’en débarrasse sur elle. Il dit seulement quelques mots d’un ton suppliant, menaçant, raisonnable, furieux. Il les oublie vite. A elle de traduire ces phrases dans la douleur et dans le sang.

[Rajouté par nous] Actuellement en 2008, l’avortement clandestin tue 80 000 femmes chaque année dans le monde.

Sufragiste anglaise citée par Betty Friedan dans (La Femme Mystifiée, 1963)

Pendant deux années, je vécus intensément cette exaltante et quelquefois dangereuse aventure, je militai et me battis aux côtés de femmes bien équilibrées, vigoureuses et joyeuses qui riaient au lieu de ricaner, qui marchaient librement au lieu de se dandiner, qui pouvait jeûner aussi bien que Gandhi et supporter les épreuves en souriant et plaisantant. J’ai dormi sur le sol nu avec des duchesses qui n’étaient plus très jeunes, des cuisinières corpulentes, de jeunes vendeuses. Nous nous sommes souvent senties fatiguées, nous avons eu peur, nous avons été maltraitées mais nous n’avons jamais été aussi satisfaites de nous-mêmes. Nous connaissions ensemble une joie de vivre que nous n’avions jamais connu.
[…] [les enfants] n’étaient plus, étouffés par un amour maternel excessif car les mères étaient trop prises pour ne s’occuper d’eux que d’une manière sommaire – quoique suffisante.

Léo Thiers Vidal, (jeune sociologue décédé le 12 novembre 2007) Le féminisme au masculin
J’ai été élevé et socialisé en tant que membre du groupe oppresseur. En tant qu’individu, que je le veuille ou non […], je jouis de tous les avantages masculins et de l’oppression dans laquelle les femmes vivent.

Donc, si je veux y changer quelque chose, je dois m’observer moi-même et observer les autres hommes, déconstruire et reconstruire. Me donner de nouvelles façons de vivre. Naturellement je suis une personne, un individu avec des sentiments, des pensées et des aspirations mais c’est une illusion que de ne pas me croire d’abord et avant tout un homme, c’est-à-dire quelqu’un qui a appris à être actif, à parler, à prendre des initiatives, à occuper beaucoup de place, à diriger… Heureusement, je n’ai pas réussi à accomplir le rôle de l’homme et à devenir un vrai mec. Là-dessus a émergé en moi, une conscience aiguë de la violence brute à laquelle les femmes sont confrontées. Une certaine idée de la mesure dans laquelle les hommes s’imposent, laissent peu d’espace aux autres, combien ils sont égocentriques, au fond.

Notre condition même est source de violence (psychique, affective, physique et sexuelle) et de souffrance (par le manque d’attention, de sensibilité, de sollicitude et de tolérance).
[…] Nous bénéficions de la domination masculine qui structure toute notre société… Notre vie est plus agréable grâce à l’exploitation des femmes – Nos choix sont plus grands grâce à la restriction des choix des femmes : la prise en charge par les femmes du travail domestique et d’élevage des enfants étant la condition de notre épanouissement scolaire, professionnel et militant.
[…] Pour changer [cela] il faut être deux camps à y travailler de part et d’autre du dialogue, de la relation. Le tunnel se creuse des deux côtés.

Cécile Falla écrit à son sujet : …les hommes, parce qu’ils ont une expérience sociale de dominants, sont non seulement conscients de leur position de dominants, mais en plus, ils font sciemment usage de leur position de dominant pour en tirer des profits personnels.
… même les plus engagés (ou les plus honnêtes) en profitent sans l’avoir recherché.
[cité ailleurs] Cela confirme malheureusement ce que chante Brigitte Fontaine : « Quand il s’agit des femmes, il n’y a pas d’hommes de gauche. »

Féministes anarchistes :
Les hommes ne vont pas libérer les femmes ; les femmes doivent se libérer elles-mêmes. Cela ne peut pas se produire si chaque femme cherche à se libérer elle-même toute seule. Donc, les femmes doivent travailler ensemble à l’élaboration d’une forme d’aide mutuelle.

Il faut développer de nouvelles sortes d’organisations. La première serait le petit groupe, sans cheffe. Les conduites les plus importantes à cultiver sont l’égalitarisme, le soutien mutuel, le partage des expériences et du savoir.

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